Auguste VILLIERS DE L’ISLE-ADAM en Bretagne et à Paris

L’écrivain-aristocrate entre dans la vie bien mal entouré. Son père ne vit que pour des entreprises condamnées à la faillite ou pour chercher des trésors enfouis au pied de châteaux et qu’il ne trouve jamais.

Pour le fils, c’est aussi – au moins de son vivant – échec sur toute la ligne.

A plusieurs reprises, il est près d’épouser une riche héritière. Faute d’aboutir, il la créera dans son Eve future, qui raconte comment l’ « électricien » Edison met à disposition de son jeune ami Lord Ewald une « andréide » destinée à remplacer sa bien-aimée inaccessible. La suite, vous la découvrirez si vous ouvrez ce roman de science-fiction au goût d’Edgar Poe, de Jules Verne, de Mary Shelley… et de Villiers de L’Isle-Adam pour ce qui est des préliminaires et des digressions philosophiques.

A plusieurs reprises, il est près de connaître le succès au théâtre ou en poésie, mais non. Il n’écrit pas pour plaire et il réussit… à ne pas plaire. Il polit et repolit chacune de ses pièces en permanence, comme chaque poésie, nouvelle ou roman. Mais soit sa pièce est refusée, soit elle est mise en scène et les comédiens eux-mêmes la coulent par ras-le-bol des changements de textes, soit, si elle est jouée, elle ne dépasse pas la sixième représentation par défaut de public.

Son premier roman, Isis, se vend à vingt-trois exemplaires en vingt-quatre ans.
Ses échecs ne font que le conforter pour se remettre au travail et courir à un nouvel échec.

Ses lieux de vie, le plus souvent pauvres et provisoires, sont peu connus :

– Il naît à Saint-Brieuc en 1838, 2 rue Saint-Benoît. En 1841, la famille s’installe rue Saint-Gouéno, puis au coin des rues Vicairies et de Brest, puis à Lannion en 1846.
– Entre 1847 et 51, Auguste est interne au petit séminaire de Tréguier, puis à Rennes (dans l’ancien collège Saint-Vincent), au Lycée de Laval, à Vannes (collège Saint-François-Xavier) et à Saint-Brieuc.
– Entre 1855 et 1870, ses parents et lui sont entre Bretagne et Paris, passant d’un logement à un autre quand vient le moment de payer le loyer.
– Vers 1860, il devient l’ami de Baudelaire qu’il croise souvent à la Brasserie des Martyrs, (75 rue des Martyrs, haut lieu de la bohème écrivant) et qui lui fait découvrir Edgar Poe.
– En 1862 et 63, il effectue deux séjours à l’abbaye de Solesmes, poussé par sa famille.

Au milieu des années 1860, il collabore avec les poètes parnassiens qui suivent le sillon tracé par Théophile Gautier : Hérédia, Leconte de Lisle, Coppée, Ménard. Il croise aussi Verlaine.

En même temps, il se laisse gagner par le style Poe, qui lui inspirera de belles nouvelles fantastiques, dont une bonne demi-douzaine dans lesquelles on retrouve des échafauds, plus par fascination – Villiers est amateur d’exécutions capitales – que par volonté de dénoncer la peine de mort, car il y est favorable.
– A partir de 1868, il fréquente régulièrement le salon de Nina de Callias, alias Nina de Villars « la princesse de la bohème » qui habite rue Chaptal, puis 82 rue des moines après 1871.
– En août 1870, il visite Mallarmé – qu’il a connu sept ans plus tôt – à Avignon. Mallarmé habite 8 Portail Matheron et enseigne alors l’anglais au lycée d’Avignon. _ A partir de 1875, lorsque Mallarmé s’installe 87 (puis 89) rue de Rome, Villiers est un invité de ses « mardis ».
– Pendant l’hiver 1878-79, c’est dans une pauvre chambre rue de Maubeuge, écrivant allongé sur le plancher, qu’il travaille à son Eve future – qui commence à paraître en feuilleton en 1880. A cette époque, il donne aussi des leçons de boxe pour nourrir ses parents, sa bonne avec qui il vit et les deux enfants de celle-ci.
– On les retrouve 16 place Clichy en 1888, puis 45 rue Fontaine en 1888-89, puis à Nogent-sur-Marne en 1889. A cette époque, il dîne régulièrement le dimanche chez son ami Huysmans, au cinquième étage du 11 rue de Sèvres, en compagnie de Léon Bloy.
– Il meurt en 1889 dans la clinique du 20 rue Oudinot.

À voir aux alentours

En Bretagne :

Chateaubriand à Saint-Malo, Plancoët, Dol, Combourg…
Lamennais à Saint-Malo, Dinan, Saint-Brieuc…
Louis Guilloux et Alfred Jarry à Saint-Brieuc,
Pierre Loti à Paimpol,
– Michel Le Bris à Saint-Samson,
Joseph Conrad à Lannion-L’Ile Grande,
T. E. Lawrence à Dinard,
Pierre Mac Orlan et Paul Féval à Rennes,
Colette à Rozven (« la rose des vents »), à Saint-Coulomb près de Saint-Malo.

2 Comments

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  1. 1
    Bernard Vassor

    > Auguste VILLIERS DE L’ISLE-ADAM en Bretagne et à Paris
    UNE PETITE RECTIFICATION :
    si un jour, on pouvait ne pas situer la Brasserie des Martyrs 75 rue des Martyrs, mais au 7-9 de cette même rue, avec une issue rue Notre Dame de Lorette.Gustave Courbet y régnait en maître.
    L’erreur vient d’une coquille du « Hillairet »et comme toujours, elle est répétée sans vérification par les chroniqueurs et historiographes depuis cinquante ans !!!!

    Le salon de Nina de Callias « la Dames aux Eventails était sis au 17 rue Chaptal, c’était, dit Edmond de Goncourt « l’atelier de décervelage de la rue Chaptal ». La nouvelle de Villiers : « Le convive des dernières fêtes » lui est dédié.

    Nous pouvons aussi comme le souligne George Moore, noter qu’il était un pilier du « Café de la Nouvelle Athènes » 9 place Pigalle. un dessin de Manet en fait foi.

    • 2
      Terresdecrivains.com

      > Auguste VILLIERS DE L’ISLE-ADAM en Bretagne et à Paris
      Merci pour cette précieuse info sur la brasserie des Martyrs. D’où la tenez-vous ?
      Cordialement,

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