Marguerite DURAS à Paris

duras.jpg

Paris, rue Saint-Benoît.

« J’ai un but, une tâche, disons le mot, une passion. Le métier d’écrire en est une violente, presque indestructible. Quand elle s’est emparée d’une pauvre tête, elle ne peut plus la quitter. »
George Sand, 1831.

« Des fois on a peur de mourir avant que la page soit pleine. […] On connaît les repères, on connaît l’événement auquel on veut aboutir, mais il faut amener le texte à ça. […] Je pense que c’est, effectivement, l’activité qui fait que la pensée de la mort est là chaque jour. »
Marguerite Duras à Luce Perrot, 1988.

Marguerite Duras n’a pas l’émerveillement facile… sauf, peut-être, pour l’écriture… et la musique. Ses premières années ne lui ont pas valu beaucoup d’émerveillements.

Ses parents étaient partis vivre le rêve colonial en Indochine – où elle naît en 1914 -, mais son père y meurt lorsqu’elle a quatre ans.

Sa mère investit tout son bien dans un terrain inondable, impossible à cultiver, vendu par une administration corrompue. Marguerite, elle, est en pension à Saïgon.

Et, entre sa mère et son frère aîné s’est nouée une préférence excessive. C’est ce terrain inondable (qu’elle fait revivre dans Un barrage contre le pacifique, paru en 1950) qui la maintient en état de révolution permanente contre l’injustice sociale et le pouvoir des puissants, depuis son adhésion au Parti Communiste en 1944 (dont elle est exclue quelques années plus tard), jusqu’à son engagement à partir de 1955 contre la guerre d’Algérie, et à son enthousiasme pour mai 68. Dix ans après son arrivée en France pour poursuivre ses études de droit, elle emménage en avril 1942 avec Robert Antelme, son mari, au troisième étage (sur la rue) du 5 rue Saint-Benoît. Jusqu’à sa mort le 3 mars 1996, elle loue cet appartement situé idéalement entre le Café de Flore et Les Deux Magots.

Cet appartement devient dès les premiers mois une base de la Résistance parisienne à l’occupant nazi. Dionys Mascolo, un nouveau venu, prend peu à peu une place croissante dans la vie de la maison et de Marguerite. Dans le « groupe de la rue Saint-Benoît », on débat de philosophie, de communisme, d’écriture et d’engagement.

Après-guerre, on y croise Genêt, Michaux, Bataille, Merleau-Ponty, Leibowitz, Morin. Au milieu de tout ce monde qui pense et souvent écrit, Marguerite est la seule à composer des romans… entre deux recettes de cuisine. Claude Roy et André Malraux seront également des hôtes réguliers. En 1944, Marguerite a abandonné son vrai nom (Donnadieu) et adopté Duras pour son second roman, La vie tranquille, en s’inspirant d’un village du sud-ouest où son père possède une maison. Pendant cinquante-quatre ans, elle loue cet appartement que les propriétaires refusent de lui vendre (mais elle achète d’autres appartements et des chambres de bonnes dans le même quartier de Saint-Germain-des-Prés). Elle l’occupe principalement de l’automne à la fin du printemps, l’été la trouvant à Ramatuelle, en Italie, en Espagne ou, à partir de la fin des années cinquante, à Neauphle-le-Château.

Quelqu’un à contacter ?

Le Fonds Duras a été déposé à l’IMEC, 9 rue Bleue, 75009 Paris (tél. : 01 53 34 23 23, fax : 01 53 34 23 00, e-mail : imec@iway.fr).

Petite bibliographie

Marguerite Duras. Laure Adler. Editions Gallimard, 1998, 155 F.

Marguerite Duras. Christiane Blot-Labarrère. Editions du Seuil, collection « Les Contemporains », 1997.

Marguerite Duras. Les trois lieux de l’écrit. Aliette Armel. Christian Pirot Editeur, 1998, 110 F.

Le ravissement de la parole. 4 CD audio réunis par Jean-Marc Turine, INA/Radio-France, 1997.

Voir aussi :
847
61
62